Depuis début février, le bassin de la Saône connaît une crue importante suite à des pluies soutenues et prolongées sur l’ensemble de son bassin versant, dans un contexte de sols déjà saturés. À ce jour, les débits ont atteint 1500 à 1700 m³/s, correspondant à une crue biennale, entraînant l’inondation de milliers d’hectares et mobilisant d’importants moyens pour la protection des populations et des biens.
Cette crue s’inscrit dans le cadre historique des épisodes hydrologiques du bassin, moins extrêmes que les grandes crues des années 1980 ou de 2001, mais rappelant l’importance de la vigilance, de la prévention et de la gestion de crise face à ces phénomènes naturels.
Crue de la Saône, février 2026
Depuis le 8 janvier, le bassin versant de la Saône connaît une succession d’averses importantes (entre 150 et 230 mm sur 45 jours selon les stations), sur des sols déjà humides. Ces pluies ont entrainé une succession d’ondes de crues qui se sont alternées à la confluence entre le Doubs et la Saône amont, ainsi qu’un niveau soutenu des affluents.
Malgré un net ralentissement le 16 février, le niveau de la Saône à partir de sa confluence avec le Doubs est ainsi resté longtemps orienté à la hausse, avec des débits qui ont atteint 1500 à 1700 m3/s.
Ces débits correspondent à une crue biennale, c’est-à-dire qui a chaque année 1 chance sur 2 d’être atteinte ou dépassée. Une telle crue inonde environ 24 000 ha entre la confluence avec le Doubs et Lyon (hors zones protégées par des digues agricoles), et 13 000 ha en Côte d’Or, notamment en aval de Saint-Jean-de-Losne. Le coût d’une telle crue est de l’ordre de 20 Millions d’euros (agriculture, nettoyages des voiries, interventions diverses).
Depuis le 10 février, le volume écoulé est déjà de l’ordre de 1,5 Milliard de m3, et en ce moment 130 Millions de m3 par jour.
Pourquoi ne voit-on plus de grandes crues de Saône comme dans les années 81-82-83 ou 2001 ?
Les grandes crues des années 81-82-83 ou de celle de mars 2001 ont marqué les esprits : des centaines d’habitations inondées, 280 Millions d’euros de dégâts (mars 2001), des récoltes dévastées (mai 1983), les passerelles dans les rues des grandes villes…
Depuis, l’eau n’est plus revenue aux mêmes niveaux, à part dans une moindre mesure lors de la crue de fin janvier 2018. Alors, que s‘est-il passé depuis ?
Pour comparer les crues entre elles, il faut regarder le débit, c’est-à-dire la quantité d’eau qui passe chaque seconde dans la rivière.
Lors des grandes crues des années 1981, 1982 et 1983, des pluies très longues et intenses sur l’ensemble du bassin de la Saône (Doubs, Jura, Vosges…) ont entraîné des débits maximums de 2600 à 2700 m³/s, soit l’équivalent d’une piscine olympique chaque seconde.
En mars 2001, le débit a atteint environ 2500 m³/s, et en janvier 2018, 2200 m³/s. Pour mettre ces chiffres en perspective, le débit moyen annuel de la Saône est de 400 m³/s, et il peut descendre à moins de 50 m³/s en été.
Le volume total d’eau qui arrive dans la Saône après plusieurs semaines de pluie représente 1 à 5 milliards de m³, soit l’équivalent du lac du Bourget. Ces chiffres montrent l’ampleur des crues et permettent de comprendre pourquoi certains épisodes restent historiques.
Ouvrages et « gestion de la Saône », mythes et réalités.
Aucun ouvrage présent sur la Saône ne pourrait retenir un tel volume. Il n’existe pas de « barrage » ou de stockage ayant la capacité d’influencer significativement le déroulement d’une crue majeure.
Les ouvrages de navigation (Charnay, Ormes, Dracé, Couzon) permettent de maintenir le niveau de la rivière en été pour la navigation ; mais ils n’ont aucun impact sur le débit en crue. Au-delà de 900 à 1000 m³/s, leurs clapets sont couchés et deviennent « transparents » : l’eau passe littéralement à travers l’ouvrage, comme s’il celui-ci n’existait plus.
De même, d’autres facteurs aggravants ou atténuants sont souvent évoqués : curages ou manque d’entretien, imperméabilisation, pratiques culturales, ouvrages de rétention… Pour des pluies importantes sur des sols déjà saturés en hiver, ces facteurs n’ont que très peu d’effet sur la quantité d’eau qui arrive dans la rivière. Même la « dérivation de Mâcon » – canal construit en 1989 pour que la navigation contourne le pont Saint Laurent – n’abaisse le niveau que d’environ 10 cm, et seulement pour les communes immédiatement en amont de Mâcon, sans impact sur le débit global.
Le hasard de la météo fait qu’il n’est pas tombé depuis 40 ans la même quantité de pluie, pendant la même durée, sur le même territoire. Le bassin de la Saône traverse donc actuellement une période « pauvre en crues », comme cela est déjà arrivé par le passé : 1955 à 1983 (à l’exception de 1970), 1883 à 1896… À l’inverse, certaines périodes ont été « riches en crues » : 1981-1983, 1840 à 1856, 1876 à 1883…
Pour évaluer la probabilité qu’une crue se produise, on se base sur les statistiques des débits sur plusieurs décennies :
- Les crues des années 80 sont dites « trentennales à cinquantennales », avec 1 chance sur 30 à 50 chaque année d’être dépassées.
- La crue de mars 2001 avait 1 chance sur 20.
- La crue de janvier 2018, 1 chance sur 5 à 10.
- Les « petites crues » de 2021, 2023 ou 2026, 1 chance sur 2 (environ 1600 m3/s).
En prolongeant ces statistiques, on estime que la fameuse crue de 1840 (plus de 3 200 m3/s) a moins d’1 chance sur 100 d’arriver chaque année, et celle de 1955 (2900 m³/s) 1 chance sur 50 à 100.
Mais matériellement, rien n’empêche que de telles crues se produisent à nouveau !
Alors, que fait-on ?
Sur les petites rivières affluentes, il est possible de limiter le ruissellement en réduisant l’imperméabilisation des sols et de ralentir leurs crues en respectant les espaces de débordement (zones d’expansion naturelles).
Pour la Saône, il est essentiel de continuer à ne pas construire en zone inondable, comme cela est appliqué depuis les années 1990 avec les PPRi. Il faut également organiser la gestion de crise pour se préparer aux prochaines crues
- Elaborer les Plans Communaux de Sauvegarde,
- Surveiller et entretenir les digues protégeant les personnes (chalonnais, verdunois),
- Réduire la vulnérabilité des bâtiments et des réseaux en rehaussant les éléments sensibles et en adaptant les matériaux.
- Sensibiliser la population aux bons réflexes en cas d’inondation.
Toutes ces actions s’inscrivent dans le cadre des Programmes d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI), portés par l’EPTB Saône et Doubs depuis 2004.


